- «Est-ce que j’aime l’autre pour ce qu’il/elle est ? Ou parce que j’ai besoin de lui/d’elle pour combler un vide en moi ?» Quand l’amour vire à l’obsession
- Est-ce de l'amour ou de la dépendance affective : comment faire la différence ?
- Test : Êtes-vous en amour… ou en dépendance affective ?
- Les causes de la dépendance affective : d’où vient ce besoin d’amour absolu ?
- Les conséquences d’une dépendance affective non résolue
- Comment se libérer de la dépendance affective : 7 clés pour retrouver un amour sain
- FAQ : Vos questions sur l’amour ou la dépendance affective
- Conclusion : Reprendre les rênes de sa vie sentimentale
Les causes de la dépendance affective : d’où vient ce besoin d’amour absolu ?
Vous vous demandez sans doute pourquoi vous (et tant d’autres) en arrivez à cette dépendance dans la relation amoureuse. Comprendre les origines possibles de la dépendance affective est une étape essentielle, car cela permet de déculpabiliser (ce n’est pas parce que “je suis nul(le)”, mais parce que j’ai un vécu qui m’a rendu comme ça) et d’identifier sur quoi travailler pour s’en sortir. Plusieurs facteurs, souvent imbriqués, peuvent expliquer ce besoin excessif d’amour et de validation.
La peur de l’abandon et les blessures d’enfance
Bien souvent, la dépendance affective prend racine dans l’enfance. Un petit enfant a besoin de recevoir énormément d’amour et de sécurité de la part de ses parents ou figures parentales. S’il y a eu un manque à ce niveau-là, la conséquence peut être ce qu’on appelle une blessure d’abandon.
Selon Lise Bourbeau, auteure célèbre en développement personnel, la blessure d’abandon (lorsque l’enfant a eu l’impression d’être abandonné, physiquement(rien qu'une sensation suffit)) crée chez l’adulte un profond sentiment de vide et de manque affectif. Pour Lise Bourbeau, la personne va alors développer un masque de « dépendant » : elle cherchera désespérément à combler ce manque d’amour initial en étant dépendante des autres, en particulier dans ses relations de couple. En clair, par peur d’être abandonnée de nouveau, elle va tout faire pour ne jamais être quittée… quitte à accepter des relations bancales.
Cette théorie des blessures peut expliquer pourquoi certaines personnes sont plus sujettes à la dépendance affective. Si dans votre enfance vous avez vécu l’absence d’un parent (décès, divorce, parent trop occupé ou trop sévère, etc.) ou un manque de disponibilité affective (un parent dépressif, froid, ou au contraire trop fusionnel), il se peut que vous ayez grandi avec une peur panique de la solitude. L’enfant intérieur en vous a encore peur d’être abandonné, et dès que vous aimez quelqu’un, cette peur ressurgit et vous pousse à vous accrocher désespérément.
La théorie de l’attachement en psychologie va dans le même sens. Le psychologue Bowlby et ses successeurs ont montré que les premières relations (notamment avec la mère ou le parent principal) façonnent notre “style d’attachement”.
Un enfant qui n’a pas eu une réponse adaptée à ses besoins peut développer un attachement insécure (anxieux ou évitant). À l’âge adulte, cela donne soit des personnes qui s’agrippent (attachement anxieux, typique de la dépendance affective), soit des personnes qui fuient l’engagement (attachement évitant).
Dans le cas de l’attachement anxieux, vous vivez l’amour dans l’angoisse de l’abandon permanent, parce que c’est ainsi que vous avez vécu vos premières expériences affectives.
Plusieurs expériences négatives vécues dans l’enfance peuvent expliquer l’apparition d’un attachement insécure à l’âge adulte. Comme une naissance compliquée sans contact peau-à-peau, une dépression post-partum de la mère, le divorce ou le décès d’un parent durant l’enfance, ou encore une éducation avec une mère surprotectrice. Plus les évènements sont arrivés jeune, plus ces expériences laissent des traces invisibles mais bien réelles.
Un attachement insécure anxieux peut ensuite se traduire par une tendance à la dépendance affective dans les relations amoureuses. L’enfant intérieur en manque d’affection se réveille en vous à chaque relation importante, réclamant sans fin l’attention de l’autre. Vous devenez alors cette petite fille (ou petit garçon) qui a peur dans le noir dès que l’autre n’est plus là pour vous tenir la main.
Il ne faut jamais oublier que vous n'avez pas qu'un seul traumatisme (par exemple l'abandon). Vous en avez plusieurs. Selon le traumatisme réveillé par un évènement, votre comportement sera modifié. Certaines personnes peuvent se soumettre, d'autres, au contraire, ont besoin de dominer la relation pour se rassurer. Et certaines personnes peuvent se soumettre puis, une fois rassurées, être dominantes dans une relation. L'être humain est complexe. J'aime bien le comparer à une salade de fruit : personne n'a les mêmes fruits et la même quantité de fruit. Aucun salade de fruit n'a exactement la même composition donc le même goût.
Le manque d’estime de soi et la peur de ne pas être « assez »
Une autre racine courante de la dépendance affective, c’est un manque d’estime de soi. Si vous avez, au fond, une image négative de vous-même, vous risquez de chercher dans le regard de l’autre une validation constante. Vous avez besoin qu’il/elle vous aime pour vous sentir aimable.
C’est souvent inconscient : vous pensez juste être très amoureuse, mais en réalité vous misez votre valeur personnelle sur cette relation. Du coup, la perdre serait catastrophique non seulement sur le plan du cœur, mais aussi pour votre ego, votre identité. Vous avez l’impression que sans son amour, vous ne valez plus rien.
Cette faible estime de soi peut aussi venir de l’enfance (parents très critiques, ou comparaisons douloureuses, harcèlement scolaire, etc.), ou de mauvaises expériences amoureuses passées (par exemple un ex conjoint qui vous rabaissait, un mariage toxique qui vous a brisé la confiance en vous).
On devient dépendant affectif aussi parce qu’on pense ne pas mériter mieux. On se dit inconsciemment : « Personne d’autre ne m’aimera, je ne suis pas assez bien, j’ai de la chance qu’il/elle soit avec moi, alors je m’accroche coûte que coûte. »
Ce complexe d’infériorité peut vous faire accepter l’inacceptable et vous faire rester dans une relation clairement malheureuse, par conviction de ne pas pouvoir trouver mieux ou de ne pas mériter d’être aimée sainement.
Or, c’est un cercle vicieux : plus vous vous oubliez et vous rabaissez dans la relation, plus votre estime de vous chute. Et plus elle chute, plus vous croyez avoir besoin de l’autre pour combler ce vide… Le serpent qui se mord la queue.
Une mauvaise estime de soi est souvent accompagnée d’une peur du rejet énorme. Chaque désaccord, chaque baisse d’attention de l’autre est interprétée comme « il va me quitter parce que je n’en vaut pas la peine ».
Alors vous redoublez d’efforts, vous surinvestissez la relation, vous donnez tout… et voilà comment on se retrouve piégé.
Le schéma des relations toxiques et la répétition
Parfois, la dépendance affective s’inscrit dans un schéma familial ou relationnel qui se répète. Peut-être avez-vous vu, enfant, un de vos parents être dépendant affectif (une mère soumise à un père autoritaire, par exemple). L’enfant apprend par mimétisme : vous pourriez rejouer inconsciemment le même rôle à l’âge adulte, parce que c’est la dynamique de couple que vous avez intégrée comme “normale”.
Ce n’est pas une fatalité, bien sûr, mais c’est souvent ainsi que se transmettent les patterns de dépendance d’une génération à l’autre.
De plus, certaines personnes malveillantes ou dysfonctionnelles repèrent les personnalités dépendantes et en profitent. Il n’est pas rare qu’une personne dépendante affective tombe amoureuse d’un pervers narcissique ou d’une personne très égocentrique. Pourquoi ? Parce que ces personnalités dominantes sont attirées par ceux/celles qui donnent sans compter et ne posent pas de limites.
Et la personne dépendante, elle, est souvent “en manque d’amour” et va être la proie facile de quelqu’un qui au début la couvre d’attention (le fameux “love bombing” des manipulateurs). Ensuite, le pervers narcissique alterne compliments et cruauté, maintenant la victime dans une attente désespérée d’un retour des beaux jours.
La dépendance affective s’aggrave alors : plus il la maltraite, plus elle doute d’elle-même et s’accroche à lui pour retrouver les moments magiques du début.
Pourquoi ? Parce qu’elles s’oublient totalement pour leur partenaire. Les personnes dépendantes affectives sont souvent la proie de personnes toxiques.
Cela ne veut pas dire que tous les partenaires de dépendants affectifs sont des monstres, loin de là. Parfois, on peut avoir un partenaire tout à fait bienveillant et quand même être dépendante – dans ce cas le partenaire, étouffé, finira par partir, renforçant votre peur initiale.
Mais il est vrai qu’un nombre préoccupant de femmes dépendantes se retrouvent coincées avec des conjoints manipulateurs, infidèles, violents, profitant de leur faiblesse. Un scénario destructeur dont il est difficile de s’échapper sans aide.
Une société de contes de fées… et de vide intérieur
Il faut aussi mentionner un aspect plus culturel. On grandit avec des idées romantiques parfois trompeuses : “l’âme sœur”, “la moitié sans qui on n’est rien”, “ils vécurent heureux pour toujours”. On idéalise l’amour fusionnel, on voit dans les films qu’aimer c’est “ne faire qu’un”.
Certaines d’entre nous internalisent l’idée que sans relation amoureuse on ne vaut rien ou on a raté sa vie. Cette pression sociale et culturelle peut pousser à tout miser sur la vie sentimentale, parfois au détriment du reste.
Si en plus vous avez un vide à combler (manque de passion personnelle, manque de projet de vie en solo), vous risquez de surinvestir la relation amoureuse comme unique source de bonheur.
Et ça, c’est le terreau de la dépendance : votre partenaire devient votre tout, votre drogue, votre raison de vivre. On n’est pas loin de la “drogue dure” d’ailleurs. Personnellement je parle d'addiction. Des études comparent l’état du cerveau d’une personne amoureuse-dépendante à celui d’un addict en manque, tant le besoin de l’autre peut devenir biologique !
Enfin, il faut noter que la dépendance affective peut toucher n’importe qui, mais pas tout le monde avec la même intensité. Certaines personnes, de par leur histoire ou leur personnalité, y sont plus vulnérables. D’autres ont naturellement un attachement plus sécurisant.
Les femmes semblent plus souvent concernées dans les témoignages, peut-être parce qu’elles expriment plus volontiers ce genre de mal-être, tandis que les hommes dépendants affectifs le cacheraient sous d’autres comportements (jalousie, colère) ou consultent moins pour ce problème.
Les statistiques montrent en réalité que les hommes aussi peuvent être dépendants affectifs, mais ils le reconnaissent moins. Quoi qu’il en soit, si vous vous reconnaissez dans ces schémas, sachez que ce n’est pas une fatalité : comprendre d’où ça vient, c’est déjà commencer à s’en libérer.
En résumé
La dépendance affective provient souvent d’un mélange de blessures passées (peur de l’abandon, manque d’amour-propre) et de croyances erronées (je ne vaux rien sans l’amour de l’autre).
C’est un mécanisme de survie qui s’est mis en place tôt en vous. Mais aujourd’hui, ce mécanisme vous dessert plus qu’il ne vous protège. Bonne nouvelle : on peut le déconstruire et apprendre une nouvelle manière d’aimer, plus sereine et plus épanouissante. C’est ce que nous allons voir à présent, après un point sur les conséquences de la dépendance (car il est important de bien réaliser pourquoi il est urgent d’agir).